Pour combler un décalage entre des encaissements et des dépenses, faire face à un retard de paiement ou à des frais exceptionnels, combler un besoin de liquidités ponctuel, il est parfois utile de souscrire un crédit de trésorerie. Ce dernier peut prendre différentes formes, de l’autorisation de découvert aux crédits de campagne imaginés pour les périodes creuses, qui sont le lot des entreprises à l’activité saisonnière. Ils ont en commun de permettre à l’entreprise de faire face à un besoin d’argent urgent mais de court terme.
S’il peut sembler assez anodin d’y recourir, la prudence reste de mise au moment de souscrire. « La première question à se poser est de savoir si cela répond réellement à une nécessité. Il faut avoir une analyse financière rigoureuse de l’entreprise, de ses besoins et des risques que les encours bancaires peuvent représenter », recommande Charles Delemme, avocat chez Thémès et spécialiste du droit bancaire. Mieux vaut procéder à une analyse détaillée du contrat proposé, qui peut comporter certains pièges.
Taux d’intérêt fixes ou variables ?
Le premier point de vigilance concerne les taux d’intérêt prévus. « Ils peuvent être fixes, mais ils sont souvent variables pour les contrats de crédits. Et si le taux d’intérêt peut fluctuer, le coût total du crédit devient difficile à prévoir », avertit le spécialiste.
Un autre point d’attention concerne justement le coût de ce type de crédit souvent sensiblement plus élevé que celui d’un emprunt classique. « Il faut tenir compte des frais de gestion qui peuvent être importants comme des coûts prévus en cas de défaillance du remboursement », illustre l’avocat.
Aussi, taux d’intérêt, agios forfaitaires et proportionnels prévus pour une autorisation de découvert ne sont pas les seuls points auxquels prêter attention. Mieux vaut également bien regarder les frais de dossier et différentes commissions qui s’appliquent. À la fois en cas d’exécution « normale » du contrat mais aussi lorsque les choses ne se passent pas comme prévu.
Attention aux modalités d’exécution…
« De manière générale, il faut s’assurer de bien comprendre les conditions d’exécution du contrat, qu’il s’applique de manière classique ou en cas de défaillance dans les remboursements et de dénonciation du contrat », souligne Charles Delemme, qui invite les dirigeants à prendre conseil auprès d’un professionnel du chiffre ou du droit. Il est ainsi préférable de savoir dans quelles mesures et à quelles conditions la banque peut revenir sur les termes du contrat. Les modalités et éventuels frais en cas de remboursement anticipé doivent aussi être pris en compte. « Si la tarification conduit à des frais qui n’ont pas été prévus, cela peut réduire l’intérêt du recours au contrat », pointe le spécialiste.
… et aux garanties demandées
La banque peut exiger différentes garanties en contrepartie du contrat. Qu’il s’agisse d’un cautionnement personnel du chef d’entreprise, susceptible alors d’engager ses biens propres, ou de garanties sur les actifs de la société (hypothèque, nantissement de parts sociales), il est crucial d’en mesurer les implications.
« Si ces garanties venaient à être activées, cela pourrait mettre encore plus en péril la pérennité et la solidité financière de l’entreprise a priori déjà fragilisée puisque la mise en œuvre des garanties signifie qu’elle aurait manqué à ses engagements de remboursement », avertit Charles Delemme. Le crédit souscrit un peu vite pour combler un besoin ponctuel de fonds de roulement peut alors se transformer en fardeau.