Comment valoriser son excédent de trésorerie

L’excédent de trésorerie d’une entreprise correspond au surplus de liquidités disponibles au-delà de ses besoins opérationnels et financiers immédiats ou de court terme. « Avant de penser à placer un excédent de trésorerie, il est essentiel de le mesurer et de le maîtriser », souligne Pierre Billet, expert-comptable et commissaire aux comptes associé du cabinet Axens, membre de France Défi. « Cela suppose d’analyser précisément le besoin en fonds de roulement, mais aussi de mener des analyses rétrospectives et prospectives des flux de trésorerie. Cela permet de comprendre la trajectoire de la trésorerie sur un exercice, en fonction notamment des résultats, des investissements réalisés, de la saisonnalité de l’activité ou encore du contexte économique. »

L’analyse de son excédent, une étape essentielle

Cette étape préalable, pourtant déterminante, est encore trop souvent négligée par les TPE et les PME, « mal conseillées ou insuffisamment outillées en interne pour piloter leur trésorerie », observe l’expert-comptable. « Même en l’absence d’outils de projection (tableaux de bord, prévisionnels…), l’analyse de l’évolution de la trésorerie sur les deux derniers exercices permet déjà d’en tirer des enseignements précieux : niveau le plus bas, niveau le plus élevé, cours médian », indique-t-il. Une entreprise peut ainsi constater qu’elle génère des excédents de trésorerie sur des périodes bien spécifiques d’un exercice.

Au-delà de la définition strictement comptable de l’excédent de trésorerie, il existe également un « seuil psychologique » en deçà duquel un dirigeant et ses équipes ne se sentent plus à l’aise pour opérer. « Certains chefs d’entreprise savent parfaitement fonctionner à découvert, tandis que d’autres ne dorment plus lorsque leur excédent de trésorerie tombe à 100 000 euros. Sans porter de jugement, il est essentiel d’intégrer cette dimension subjective, qui varie d’un dirigeant à l’autre », souligne Pierre Billet.

Définir une stratégie de placement

L’ensemble de cette démarche aboutit à la définition d’une stratégie de placement de trésorerie adaptée aux spécificités de l’entreprise et à la psychologie de son dirigeant. Cette stratégie permet de déterminer les principaux critères : horizon de placement, type de supports, niveaux de risque et de rentabilité, fiscalité…

« Il faut aussi tenir compte de la politique RSE de l’entreprise, afin de s’assurer que les supports retenus y soient alignés, ainsi que le niveau d’inflation propre à son environnement économique, précise l’expert-comptable. Dans les secteurs où les prix augmentent fortement, laisser une trésorerie inactive revient à perdre de l’argent. »

Ne pas hésiter à fractionner les placements

Une fois ces critères définis, l’entreprise peut porter ses choix vers des supports de placement plus ou moins risqués : comptes à terme, certificats de dépôt, placements collectifs (OPCVM monétaires ou obligataires), contrats de capitalisation, voire certains produits dérivés. « Les solutions ne manquent pas dans un univers d’ultra-financiarisation, d’où l’importance d’être parfaitement au clair sur sa stratégie et ses objectifs », souligne Pierre Billet.

Son dernier conseil est de fractionner les placements. « Il peut être pertinent de répartir un excédent de 200 000 euros en dix placements de 20 000 euros. En cas de besoin de liquidités, il est en effet plus simple et moins coûteux de casser un support de 20 000 euros que de 200 000 euros. »